prise en charge kinésithérapique pour les patientes atteintes d’endométriose
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Quel intérêt pour l’endométriose et à qui le proposer ?
Il peut être intéressant de proposer une prise en charge kinésithérapique aux patientes douloureuses malgré un traitement chirurgical et/ou hormonal entrepris ou réfractaires à ce type de thérapeutiques.
Plus de la moitié des femmes atteintes de douleur pelvienne chronique ont des lésions endométriales prouvées par laparoscopie mais l’emplacement de la lésion est mal corrélé avec les emplacements que les patientes identifient comme leurs zones de douleur les plus intenses. Les thérapies hormonale et chirurgicale, en ciblant toutes deux les lésions endométriales, peuvent contrôler l’étendue de la maladie, mais ne parviennent parfois pas à réduire les douleurs pelviennes associées [1].
En ce qui concerne l’endométriose, des points de déclenchement musculaires myofasciaux actifs (appelés également triggers points ou points gâchettes) peuvent se développer secondairement à la maladie et maintenir la douleur malgré l’élimination des lésions endométriales et la gestion hormonale. Une sensibilisation centrale et un dysfonctionnement myofascial pourrait propager les symptômes liés à la douleur chez ces femmes, même après que le traitement chirurgical et médical/hormonal de l’endométriose ait été optimisé [1].
La kinésithérapie ne traite pas les lésions endométriales mais montre un bénéfice pour diminuer les symptômes liés à l’endométriose et leurs conséquences. Les techniques
utilisées par les kinésithérapeutes peuvent être bénéfiques sur une dyschésie, une dysménorrhée, une dyspareunie et une douleur pelvienne chronique et donc améliorer la qualité de vie de ces patientes [1].
La kinésithérapie ne traite pas les lésions endométriales mais montre un bénéfice pour diminuer les symptômes liés à l’endométriose et leurs conséquences.
Proposition d’un bilan kinésithérapique axé sur la prise en charge d’une patiente atteinte d’endométriose :
1.
Interrogatoire
-
Prise en charge kiné antérieure ? oui/non
- Si oui : pour quel motif ? quand ? techniques utilisées ?
- Motif de la consultation aujourd’hui ? Objectifs de la patiente ? - Antécédents du patient
- Histoire de l'endométriose (début des symptômes, date du diagnostic)
- Méthode de diagnostic : echographie ? IRM ?
-
Mode de vie
- activités physiques
- loisirs (fréquence et intensité)
- environnement familial : vit seule/en couple/enfants
- profession - Traitements antérieurs et actuels avec leurs résultats (chirurgicaux et médicaux)
- Antécédents obstétricaux
- Règles : durée du flux, crampes, spotting, régularité, infertilité, désir d'avoir de futurs enfants
- Maux de tête/migraines, dépression, anxiété
- Symptômes intestinaux et vésicaux évocateurs d'un intestin irritable et d'une vessie douloureuse
- Qualité de vie : score EHP-5
2.
Douleur
- Bodychart : la patiente colorie les parties du corps douloureuses
- EVA
- Durée, fréquence (intermittente, constante)
- Type
- Relation temporelle avec le cycle menstruel (ovulation, menstruation, etc.)
- Facteurs atténuants et aggravants
- Dyspareunie
3.
Examen clinique
Morphostatique : bassin, rachis, pieds, abdomen
Morphodynamique : amplitudes limitées ?
Neuro-musculo-squelettique :
- Muscles régionaux/abdominopelviens : hypoextensibilités ?
- Points de déclenchement myofasciaux (points gâchettes ou Triggers points)?
- Dermatome : allodynie au palpé roulé/hyperalgésie ?
- Myotome
Cutané : présence de cicatrices ?
Paroi abdominale :
- Relâché/tonique/ballonnements/adhérences cicatricielles
- Respiration abdomino-costo-diaphragmatique/paradoxale
- Diaphragme souple/tendu
- Présence de points gâchettes ?
Périnéal :
- Statique pelvienne : béance vulvaire ? béance vaginale ? prolapsus ?
- Automatisme à la toux ?
- Tonicité externe et interne : hypotonique/normal/hypertonique
- Syncinésie : abdominaux, fessiers, adducteurs ?
- Sensibilité
- Inversion de la commande ?
- Testing antérieur
- Testing postérieur
- Fibres phasiques/toniques ?
- Présence de points gâchettes ?
- Ano-rectal :
– Hémorroïdes
– Fissures
– Constipation : fréquence des selles, échelle de Bristol
– Dyschésie : questionnaire KESS, exonération incomplète ? poussée lors de
l’exonération ?
– Position aux toilettes ? - Contraction et la relaxation des muscles du plancher pelvien
- Cicatrices
- Douleur au niveau du col de l’utérus (examen bimanuel) ?
- Fonction sexuelle : score FSFI
4.
Sensibilité pelvienne (diffuse, focale, non localisée) : critères convergences PP
Questionnaires à réaliser au début de la prise en charge kinésithérapique et au cours pour réévaluer la fréquence des séances [2, 3, 4, 5]:
- score de qualité de vie EHP5
- questionnaire de constipation (KESS)
- questionnaire sur l’activité sexuelle chez la femme (FSFI)
Les résultats d’une prise en charge kinésithérapique sont encourageants. L’association de techniques différentes semble supérieure à l’utilisation d’une technique isolée.
Quelles sont les techniques de rééducation utilisées en kinésithérapie ayant un intérêt dans la prise en charge des patientes atteintes d’endométriose? [6]
La rééducation pelvi-périnéale
De nombreuses patientes atteintes d’endométriose présentent des tensions des muscles du plancher pelvien. Cette hypertonie peut entretenir les douleurs pelviennes, les douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies) ou certaines gênes urinaires et digestives.
La rééducation périnéale, réalisée par un(e) professionnel(le) formé(e), vise à améliorer la perception du périnée, à relâcher les muscles trop contractés et à restaurer un fonctionnement plus harmonieux. Elle repose sur des techniques douces, progressives et adaptées à chaque patiente.
Les techniques de thérapie manuelle
La thérapie manuelle fait partie intégrante de la prise en charge rééducative. Elle permet de travailler sur les tensions musculaires, les fascias (tissus qui entourent les muscles et les organes) ainsi que sur les zones de perte de mobilité, notamment au niveau du bassin, de l’abdomen et du bas du dos.
Un travail spécifique peut également être proposé sur les cicatrices chirurgicales, lorsqu’elles sont présentes, afin de limiter les adhérences et les douleurs associées. Ces techniques participent à une meilleure mobilité, à une diminution des douleurs et à une amélioration du confort corporel.
La neurostimulation électrique transcutanée (TENS)
La TENS est une technique non médicamenteuse qui utilise de légers courants électriques appliqués sur la peau pour moduler la perception de la douleur. Elle peut être proposée en complément de la rééducation, notamment en cas de douleurs chroniques.
Simple d’utilisation et bien tolérée, elle peut parfois être utilisée en autonomie par les patientes après explications par un professionnel de santé.
L’activité physique adaptée
L’activité physique est aujourd’hui fortement recommandée dans la prise en charge de l’endométriose. Celle-ci sera adaptée à chaque patiente contribuant à réduire les douleurs, à améliorer la condition physique et à lutter contre la fatigue et le déconditionnement.
Les techniques de respiration et de relaxation
La douleur chronique est étroitement liée au système nerveux et au stress. Les techniques de respiration, de relaxation et de prise de conscience corporelle peuvent aider à diminuer les tensions, à mieux gérer la douleur et à retrouver une relation plus apaisée avec son corps.
Elles s’intègrent souvent dans un accompagnement global, favorisant l’autonomie des patientes dans la gestion de leurs symptômes.
En résumé, la rééducation repose sur des techniques variées, complémentaires et personnalisées, qui visent à soulager la douleur, améliorer la fonction et la qualité de vie. Les recommandations actuelles insistent sur l’importance d’une approche pluridisciplinaire, centrée sur la patiente, et respectueuse de son vécu.
Quel doit être l’intitulé de l’ordonnance pour une prise en charge kinésithérapique ?
À destination des médecins prescripteurs
Aucune donnée scientifique à ce sujet. L’approche de la patiente étant globale, les prescripteurs peuvent utiliser la cotation suivante : « Rééducation des membres et du tronc avec rééducation périnéale si besoin. » Aucun consensus n’a été retrouvé dans la littérature sur le nombre des séances et sa fréquence, ces paramètres peuvent être laissés à l’appréciation du thérapeute.
Formation proposée par l'afena
Réseau local de kinésithérapeutes en Nouvelle-Aquitaine
À destination des médecins et des patients
bibliographie
[1] Jacqueline V. Aredo, Katrina J. Heyrana, Barbara I. Karp, Jay P. Shah, Pamela Stratton. Relating Chronic Pelvic Pain and Endometriosis to Signs of Sensitization and Myofascial Pain and Dysfunction. Semin Reprod Med. 2017 January ; 35(1): 88– 97.
[2] Daraï E, Coutant C, Bazot M, Dubernard G, Rouzier R, Ballester M. Intérêt des questionnaires de qualité de vie chez les patientes porteuses d’une endométriose. Gynécologie Obstétrique Fertil. 2009 Mar 1;37(3):240–5.
[3] Fauconnier A, Huchon C, Chaillou L, Aubry G, Renouvel F, Panel P. Development of a French version of the Endometriosis Health Profile 5 (EHP-5): cross-cultural adaptation and psychometric evaluation. Qual Life Res. 2017 Jan 1;26(1):213–20.
[4] Rosen R, Brown C, Heiman J, Leiblum S, Meston C, Shabsigh R, et al. TheFemale Sexual Function Index (FSFI): a multidimensional self-report
instrument for the assessment of female sexual function. J Sex Marital Ther. 2000 Jun;26(2):191–208.
[5] Knowles CH, Eccersley AJ, Scott SM, Walker SM, Reeves B, Lunniss PJ. Linear discriminant analysis of symptoms in patients with chronic constipation: validation of a new scoring system (KESS). Dis Colon Rectum. 2000 Oct;43(10):1419–26.
[6] X. Fritel, N. Chabbert-Buffet, T. Brillac et al., Douleur pelviennes associées à l’endométriose, conseils pour la pratique clinique. Un consensus formalisé d’experts par le CNGOF & Convergences PP, Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie. 2025 Nov ;53(11):536-547
Rédigé par Estelle Calvarin, Masseuse-Kinésithérapeute à Bordeaux
